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L'acquisition de la connaissance

L'écoute, la réflexion et la contemplation

Les points de vue de diverses écoles de pensée, de la philosophie, de la science, etc. qui sont en dehors de la sphère de la tradition du Vedanta, sont examinés et réfutés sur un terrain purement logique. Mais si ces points de vue sont issus de l'intérieur même de la tradition du Vedanta et divergent sur l'interprétation d'un concept ou d'une phrase donnée d'un des textes fondateurs, ils sont traités par un examen critique de l'interprétation de ces textes, en montrant comment leur interprétation contredit la vision du Vedanta.

De plus, des analogies ou des exemples issus de notre expérience de tous les jours sont utilisés par l'enseignant pour prouver que ce que le Vedanta dit est raisonnable ou défendable. En guise d'exemple,on peut citer l'analogie du rêve (voir pour plus de détails la section 'la nature d' Isvara ') qui est utilisée pour nous aider à comprendre qu'Isvara puisse être à la fois la cause intelligente et matérielle de la création. Il est évident que l'exemple du rêve ne prouve en aucune manière qu' Isvara est à la fois la cause intelligente et matérielle de la création ; le rêve nous aide seulement à prouver la possibilité que quelque chose soit à la fois une cause intelligente et matérielle. Il nous aide par là à assimiler ce que les Upanishads disent au sujet de la nature d' Isvara. Cependant, pour que ce que les Upanishads disent au sujet d'Isvara soit acceptable ou valide, cela ne peut pas contenir de contradiction du point de vue logique.

Il est nécessaire ici de souligner que le raisonnement déductif ou la logique seule ne peut pas être utilisée pour établir ce que dit le Vedanta. Cela signifie que le raisonnement déductif ne peut ni réfuter ni prouver ce que dit Vedanta. En effet, si le raisonnement était capable à lui seul d'arriver à ce que le Vedanta dit, nous serions en contradiction avec notre point de départ ; nous avons affirmé qu'il est impossible d'arriver à connaître la nature du je, du sujet connaissant, par nos moyens de connaissance habituels, la perception et les diverses formes de raisonnement..

C'est seulement lorsque tous les doutes sont discutés et résolus avec l'aide des méthodes citées précédemment, c'est à dire en utilisant l'examen des textes et le raisonnement de manière appropriée, que la connaissance devient certaine, claire et dénuée d'imprécision 49. C'est là précisément la fonction de mananam.

La contemplation (nididhyasanam)
La contemplation est définie par le fait de voir le sens ou de ramener à l'esprit le contenu de l'enseignement qui est acquis pendant sravanam et mananam 50. Disons le plus simplement encore. 'Je suis pure conscience', 'tout ce qui est ici est moi et je suis indépendant de tout cela', 'je suis existence illimitée, l'équation entre je et Isvara, etc. sont contemplés par l'étudiant pour voir leur sens. La contemplation peut aussi porter sur un aspect donné de l'enseignement comme la nature de 'je', la nature de l'univers ou celle d' Isvara.

Le processus de la contemplation implique que je suspends ma volonté et vois ce que le Vedanta me révèle. Ma volonté n'a aucun rôle à jouer dans cela. Par exemple, s'il y a une 'mangue' sur la table, j'utilise mes yeux pour la voir et quand je la vois en tant que telle, comme une 'mangue'. La volonté n'a pas de place là dedans 51. Même si je veux voir un 'melon' à la place de la mangue, ce qui doit être vu est une 'mangue' et non un 'melon'. La connaissance est centrée purement sur l'objet de connaissance. Il s'agit de connaître ce qui est et vous n'avez pas d'autre choix que de le voir comme tel. De la même manière, si la réalité de moi-même est que je suis illimité, je dois me voir comme je suis. Je ne peux pas choisir et décider ce que je veux que cette réalité soit.

Plus je me vois à la lumière du Vedanta par la contemplation, plus ma connaissance devient claire. Mon identification habituelle avec le corps-mental-sens et mes notions anciennes et bien enracinées sur la nature limitée de 'je' perdent leur force et se dissipent.

Certaines personnes disent, après s'être exposées quelques années à cet enseignement, 'Je sais que je suis illimité, mais je veux maintenant 'faire' nididhyasanam , je veux désormais consacrer mon temps à la contemplation pour que cet enseignement devienne un réalité'.

Cette affirmation implique la nécessité de 'faire' quelque chose après avoir été exposé à cet enseignement. C'est là une notion fausse car toute action, et cela englobe la méditation, les prières, les rituels, mener une vie éthique ou le travail sur l'inconscient, etc. dépend de la volonté de la personne. Elle peut décider de faire, de ne pas faire ou de le faire autrement. L'action, car elle est par nature limitée, ne donnera qu'un résultat limité.   Ces actions ont sans aucun doute un rôle à jouer mais ne sont qu'un moyen indirect de me préparer à la connaissance. 

A l'opposé, la connaissance révèle simplement ce qui est 52. Cela veut dire que pour écarter l'ignorance de ce qui est, il faut seulement connaître ce qui est en utilisant le moyen de connaissance approprié. De la même manière que lorsque j'étudie les mathématiques ou la physique, etc., il est nécessaire, qu'en plus d'aller aux cours, que je ramène à l'esprit leur contenu et y pense de manière profonde, nididhyasanam, la contemplation, fait partie de l'acquisition de la connaissance et n'est pas une étape à 'faire' après sravanam et mananam. Il n'est pas question ici d'avoir l'expérience de quelque chose de différent, il s'agit de comprendre cette réalité qui est le fondement de toutes les expériences 53. Il est donc nécessaire de continuer à s'exposer à l'enseignement jusqu'à ce que ces différences soient comprises.

Il faut le redire nettement. Cette division en trois volets (l'écoute, la dissipation des doutes, la contemplation) du processus d'acquisition de la connaissance est seulement fonctionnelle et non chronologique. Cela n'implique pas que l'écoute et la réflexion pour écarter les doutes ne nous donnent qu'une connaissance théorique qui doive être suivie par la contemplation pour que la vision du Vedanta devienne une réalité personnelle. En d'autres mots, il est indispensable de comprendre que ces trois volets constituent ensemble le moyen direct de parvenir à la liberté que je recherche.

Finalement, il est aussi possible de contempler sur la vision du Vedanta à l'occasion d'une marche silencieuse dans la nature, ou après nos prières et méditations sur Isvara, chaque fois que l'on est suffisamment disponible et tranquille. En fait, celui qui est exposé à l'enseignement sera porté à contempler naturellement la vision du Vedanta à toute heure de la journée ; sa vie toute entière devient contemplative car comprendre ou voir ce qui est, est le but le plus important de sa vie.

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