Il est légitime et sain d’examiner le discours de différentes traditions religieuses à la condition que cela soit fait avec un esprit ouvert et objectif. Quand une tradition religieuse revendique que ses Ecritures sont révélées, sacrées alors cette Ecriture devrait remplir les conditions définissant un moyen indépendant de connaissance. Cela signifie que, premièrement, elle devrait me donner accès à un domaine de connaissance auquel je ne peux avoir accès par les autres moyens dont je dispose, c'est à dire la perception et les diverses formes de raisonnement. Ensuite, elle ne devrait pas contredire ce qui est établi par les autres moyens de connaissance. Finalement, elle devrait exposer une connaissance qui est utile ou désirable à l’individu.
Nous pouvons examiner à l’aide de ces outils certaines interprétations littérales du Paradis et de l’origine des valeurs.
Il y a un paradis où on peut aller après la mort et y résider éternellement
L'existence d'un paradis situé quelque part dans l'univers est une croyance attrayante et désirable pour certains, mais non vérifiable. Je ne peux ni prouver l'existence du paradis ni la réfuter car ma perception et ma raison n'y ont aucun accès. Je ne peux donc pas vérifier l’existence du paradis dans cette vie. Cependant, la deuxième partie de la phrase, selon laquelle il y a un paradis où l'on peut séjourner pour l'éternité contredit la raison. Tout d'abord car il n'y a aucun endroit dans l'univers qui soit éternel, tout ce qui existe dans l'espace et le temps est en changement constant et est impermanent. Ensuite, si aller au paradis est le résultat de nos (bonnes) actions, puisque toute action est limitée, elle ne produira qu'un résultat limité. Cela signifie qu'une série limitée de bonnes actions, par exemple des millions de prières, n’aura qu’un résultat limité.
Ainsi, l’idée d'un paradis éternel ne satisfait pas le second critère de la définition d'un moyen de connaissance, la non-contradiction par les autres moyens de connaissance. Cela signifie que, même si l'existence d'un paradis est une possibilité, l'éternité du paradis est contredite logiquement.
A cet égard, le Veda révèle aussi l'existence de divers mondes paradisiaques, divers lieux désirables où l'être humain peut aller, en résultat de ses bonnes actions. Cependant, le Veda indique que ces mondes paradisiaques sont des lieux de plaisir temporaires, où l'on reste jusqu'à épuisement ou consommation des résultats positifs (ou des mérites) de nos bonnes actions. On doit ensuite quitter ces mondes. L'éternité des mondes paradisiaques n'est donc pas acceptée par le Veda. Ces mondes ne sont pas non plus considérés comme étant le but ultime de la vie humaine.
Enfin, si le critère d’élection pour le paradis est l’appartenance à une tradition donnée plutôt que la conduite éthique, cela contredit aussi la logique. Car la seule appartenance à une tradition ne peut être une raison suffisante pour aller au paradis si l’individu a vécu une vie en dehors de toute éthique, a menti, trompé et s’est comporté de manière violente, etc.
La religion est l’origine des valeurs éthiques
Dans de nombreuses traditions, l'ensemble du code de conduite de la vie humaine a été révélé sous la forme de commandements, de prescriptions et d'interdictions. Les religions sont considérées comme étant la source de l'enseignement des valeurs morales. Le Veda quant à lui affirme que les valeurs sont universelles par nature et sont donc accessibles à chaque être humain par l'intermédiaire du sens commun. Chacun de nous comprend intuitivement que blesser l'autre, lui mentir etc. n'est pas approprié. Il n'est pas nécessaire d'appartenir à une religion pour le savoir et pour mener une vie éthique. Cela signifie que les valeurs éthiques sont accessibles à l'humanité par le sens commun en dehors des traditions religieuses.
Le Veda indique en outre que celui qui n’agit pas selon cet ordre éthique universel, le dharma, doit en récolter les effets sous une forme ou une autre, suivant la loi du karma, ou le principe de rétribution de l’action. En effet, de la même manière qu'il y a des lois physiques, biologiques, psychologiques etc, la loi du dharma couplée à celle du karma régit le résultat plaisant ou déplaisant, le mérite ou démérite, de ses actions. Même si, il faut le dire, tout cela est invérifiable et irréfutable à la fois, cela ne contredit pas ma raison. De plus, ce sont des informations utiles auxquelles je ne peux avoir accès autrement et qui me permettent de devenir responsable de mes actes. Je suis dès lors capable de mener une vie délibérée et dynamique : je m’efforce constamment de comprendre ce qui doit être fait par moi dans une situation donnée et agis de manière appropriée.

